8 mars – 19 avril 2014 : Salvatore Puglia “Au jardin des monstres”

Horror vacui, 2013

Communiqué de presse “Au jardin des monstres” Salvatore Puglia

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Pour sa troisième exposition personnelle à la galerie Sit Down, Salvatore Puglia nous invite dans son Jardin des monstres. Poursuivant ses recherches sur le temps et la mémoire, l’artiste nous transporte au cœur de ses pérégrinations, confrontant désormais l’Histoire à l’imaginaire collectif. A travers une  démarche artistique et historique, Puglia compose ses images en strates utilisant un langage plastique diversifié : photographies, encres, fils et aiguilles, gravure sur verre…En intervenant à la fois sur le paysage photographié et sur “l’objet photograhique“, Salvatore Puglia livre une œuvre poétique et intemporelle où animaux sauvages et monstres dialoguent avec une nature domestiquée par l’Homme.

Le jardin des monstres, texte de Laura Sérani, spécialiste de la photographie contemporaine.

L’attirance de Salvatore Puglia pour les arts visuels a très vite rejoint le territoire de ses études et sa fréquentation de l’Histoire en tant que chercheur pour aboutir à une recherche basée sur le recours à l’image documentaire comme support d’interventions artistiques. Son travail implique une recherche permanente de sources qui deviennent objet de lectures évolutives, dans un processus où démarches historique et artistique sont toujours structurellement liées.

En mélangeant époques, faits historiques, textes classiques, mythologie et sciences sociales, Puglia propose de nouvelles perceptions du passé et du présent. Les titres de ses travaux, Ritratto dell’artista da figliuol prodigo, Six leçons de drapé, Anabasis, L’art de la guerre , Les âmes du Purgatoire, Les préoccupations du père de famille,… donnent le ton de son oeuvre, originale, subtile et engagée.

Un pas en arrière :  fin des années 1970 en Italie, lentement ou précipitamment se dessinait l’avenir de notre génération, pendant que l’espoir de transformer le monde s’estompait et le choix des chemins personnels se définissait. Comme autant de matérialisation de désirs et d’intérêts différents, cohabitaient sur la table, piles de feuilles remplies à l’Olivetti Lettera 22, pinceaux et couleurs destinés aussi bien aux abstractions à la Miro’ que Salvatore dessinait sur des cartons longs et étroits, anticipation du format panoramique affectionné plus tard , qu’aux aquarelles insipides que d’autres peignaient, tout en découvrant Tina Modotti, synthèse d’art et de politique et en apprivoisant le premier Nikkormat qui a gardé la mémoire de ces moments.

En 1980, fini l’été romain et les traversées de la ville en Lambretta, Salvatore Puglia a commencé à alterner les voyages à travers l’Europe et les séjours de plus en plus longs à Paris. Les premières années parisiennes, vécues dans une atmosphère post-bohème et denses de rencontres rue de Condé, seront celles du virage définitif vers un parcours totalement dédié à la pratique artistique, sans hésitations ni concessions, mais où l’Histoire devait rester toujours présente, dans une symbiose qui caractérisera tous ses travaux jusqu’à aujourd’hui.

Depuis 1986 Salvatore Puglia se consacre aux arts visuels et vit actuellement dans le sud de la France où la lumière rappelle celle de Rome où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans.

Il y a quelque temps Puglia écrivait à propos de sa démarche:

“Après avoir pratiqué pendant quelques années le montage de documents écrits et visuels, j’ai été naturellement amené à la tentative de cerner une “photographie de l’Histoire. Me limitant à considérer la photographie dans sa plus stricte fonction reproductrice, je l’utilise comme pièce à conviction, dans des ensembles à la structure sérielle, qui ne prétendent pas reconstruire un sens mais qui tentent de questionner notre manière de regarder le passé. Les images que je montre sont le plus souvent mutilées, réduites à des fragments qui ne permettent pas d’imaginer une unité qui les prolongerait; elles sont parfois brouillées par des couches superposées de documents graphiques ou iconographiques. Si la reproduction fonctionne comme un outil de conservation, cela va nécessairement de paire avec de la perte. L’image originaire étant de toute manière perdue, il reste les infinies possibilités de la recréer dans notre imaginaire.“

L’Histoire sociale ou familiale, les histoires d’inconnus ou des siens à travers les images des archives de la police et du docteur Charcot ou celles des albums de famille, ont commencé à habiter des surfaces mutantes en donnant corps parfois à des récits aux allures de labyrinthes où les seuls liens entre les images sont des indices autobiographiques.

Encres et laques, fils et aiguilles inventent et soulignent silhouettes et contours, perforent et imprègnent toile et papier-calque, s’étalent sur cire, plomb, céramique, verre et miroirs: autant de langages pour réécrire l’Histoire. Les recherches de Puglia s’expriment à travers des supports et outils différents en jouant la stratification, en allusion à celle de la mémoire et aux traces d’un passé toujours sous-jacent dans la représentation du présent. Les voyages et les influences sont permanents entre Histoire et Histoire de l’art mais aussi entre différentes pratiques, le dessin, le collage, l’incision, le moulage. La photographie au fil du temps est devenue déterminante et prédominante, que ce soit par la réappropriation d’images préexistantes ou la réalisation de nouvelles images, mais la photographie intéresse toujours Puglia en tant qu’élément documentaire, vecteur de mémoire, témoin de l’absence.

Sans limites dans l’exploration des champs cognitifs et des langages visuels et techniques, l’ensemble de l’œuvre de Puglia est aussi complexe et multiforme que cohérente et immédiatement reconnaissable. Des constructions savantes s’accompagnent souvent d’un trait incertain donnant vie à d’étranges contrastes entre la pensée élaborée qui préside au processus créatif et le recours à ce trait souvent volontairement maladroit. Ce trait incertain, avec lequel Puglia dessine et brode des figures indéfinies qui évoquent des ombres ou les marques laissées sur les murs et les tapisseries par des objets disparus, ou avec lequel, d’une écriture tremblante, il retranscrit textes classiques, épitaphes et sonnets, est une constante dans son œuvre. Les certitudes du travail de chercheur semblent se confronter à une légitimité que Puglia ne voudrait toujours pas reconnaître au geste. De ce fragile déséquilibre naissent des œuvres d’une poésie vibrante.

Tel un spéléologue de la mémoire collective ou privée, Puglia revisite, méticuleusement et à sa façon, lieux et épisodes toujours inattendus. De ses fouilles émergent des reconstitutions intrigantes qui ouvrent d’autres perspectives d’investigation de l’Histoire et de nouvelles visions.

L’exposition Le jardin des monstres réunit des travaux récents axés autour des relations entre Histoire et nature, paysage et intervention humaine, relations variables au cours du temps. Le mot jardin, synonyme d’espace et de nature apprivoisée, contraste avec celui de monstre, figure par excellence de l’incapacité humaine à contrôler la nature et ses créatures. Le décor est planté et en avançant on peut s’attendre à toutes sortes de rencontres. Objet des récentes explorations de Puglia, des régions aujourd’hui difficilement accessibles et peu peuplées, comme la Tuscia au nord de Rome, parsemées de sites archéologiques abandonnés où les ruines recouvertes, de la Préhistoire à nos jours, gardent les traces de leurs fonctions successives : tombes étrusques, refuges de guerre ou bergeries. A tour de rôle, la végétation ou l’intervention humaine ont eu raison de l’autre. En introduisant sur ces lieux des objets étrangers et anachroniques, en forme de langues ou de feuilles en latex, aux couleurs fluorescentes, Puglia opère une nouvelle stratification de lexiques qui, tout en renvoyant à l’Histoire de l’art, trouble le rapport au temps et la vision romantique du paysage.

Dans ces images, désignées par Puglia, “Land Paintings“, on retrouve ses préoccupations d’investigation historique et ses dispositifs créatifs habituels. Mais la surprise est permanente pour ce qui concerne les lieux re-visités et la juxtaposition des éléments glissés ou cousus dans les images. Des animaux sauvages apparaissent dans une campagne domestiquée ; des traces incongrues d’un passage humain récent investissent des sites à la végétation impénétrables ou des espaces aseptisés. Une langue enduite de pigment rouge fluorescent, rend tout son pouvoir à l’Ogre de Bomarzo, un des monstres de ce parc, extravagance de la Renaissance et repaire de dragons, sphinx et demeures penchées. A partir de l’introduction in situ d’un élément qui une fois photographié donne vie à une œuvre à part entière, Puglia produit ce qu’il appelle une archéologie inversée en ajoutant de nouvelles stratifications à celles existantes.

Liée au paysage, la question du rupestre, au centre des réflexions de Puglia depuis un certain temps, est posée de façon différente par chaque pièce présente dans l’exposition, permettant de constituer une sorte du traité illustré du “rupestre“, dont ses mots introduisent bien le concept :

“Si “rupestre” est l’intervention de l’homme sur la nature, qui devient ainsi “œuvre” (les peintures, les sanctuaires, les rochers sculptés, les pierres gravées), un artefact humain peut aussi devenir rupestre, une fois qu’il est abandonné et que la nature reprend ses droits. Certainement, là où nature et Histoire se rencontrent, on est dans le rupestre. Que ce soit l’évanescence de l’Histoire face au retour de la nature, ou la défaite de la nature face à l’avancée de l’Histoire.“

Biographie

Né à Rome en 1953, Salvatore Puglia a fait des études d’Histoire. Après avoir travaillé dans le domaine de la recherche, il commence à exposer ses montages en 1985. Depuis, son activité d’artiste s’est toujours accompagnée d’investigations sur les sources documentaires des images, selon une pratique qui considère les traces de l’histoire comme de la matière à transformer. “Je tombe, d’abord, dans les bibliothèques ou dans les archives historiques, sur une image, qui me frappe pour une raison qui m’est inconnue.“ La genèse du travail de Salvatore Puglia consiste à subtiliser des images au passé, puis à les reproduire tout en jouant sur la transparence des supports ainsi que sur la lecture de ces derniers. “Salvatore Puglia inscrit l’autre“ selon J. Derrida, et travaille donc par greffes d’identités successives. Parallèlement à ses expositions, l’artiste plasticien a publié dans les revues Quaderni storici, Détail, Linea d’ombra, Revue de Littérature Générale, Vacarme, Lo sciacallo, Mediamatic, Issues in Contemporary Culture and Aesthetics, Any. Il a édité le volume collectif Via dalle immagini / Leaving Pictures (Salerne, 1999) et organisé les expositions Iconografie transitorie (Rome, 1999) et Memoria e storia (Naples, 2011). Aujourd’hui, Salvatore Puglia vit et travaille à Nîmes.

Expositions personnelles

1985 : Falsapartenza, Galerie ADEAS, Strasburgo

1987 : A sea-change, Centro Ellisse, Napoli

1988 : Ash-boxes, Galerie FNAC, Strasburgo

1988 :Galerie Escapade, Parigi

1990 : Small Talks, Instituto Cultural de Macau, Macao

1990 : 313. Kein Marternbild. Institut culturel français, Napoli

1992 : Leçons d’anatomie, Galerie FNAC, Parigi *

1992 : Museo, Galerie Alternance, Strasburgo *

1993 : Par les yeux du langage, Atelier du chocolat, Marsiglia *

1993 :Aschenglorie, Lo Studio, Roma

1993 :Über die Schädelnerven, Galerie Alternance, Strasburgo

1994 : Figure humaine, Espace Lézard, Colmar

1994 :Hortus deliciarum, Le Parvi, Parigi

1994 :Music on Bones, Galeria 21, San Pietroburgo

1994 :Actes, Tribunal administratif, Strasburgo

1995 : Abstracts of Anamnesis, Onassis Center, New York

1995 : Histoire de l’oeil, Lo Studio, Roma *

1995 : L’image de l’autre, Galerie Artem, Quimper, Francia *

1995: Trönur, Galerie Alternance, Strasburgo

1996 : Still Lives, Lo Studio, Roma *

1997 : Kópeskönyvek , Vizivarosi Galeria, Budapest

1997 : Iconostasis, Petit atelier, Parigi

1998 : 3bisF, Aix en Provence

1998 :Centre d’Art Albert Chanot, Clamart, Francia

1998: Stationen, Palais Yalta, Francoforte *

1999 : Iconografie transitorie, Lo Studio, Roma*

1999 :Bilder, Fotogalerie Wien, Vienna*

1999 : Deutsche Menschen, Maison Heinrich Heine, Parigi

2000 : Project: Personal monuments, Overgaden, Copenhagen

2000 :A Parachute, Jan Van Eyck Academie, Maastricht

2001 : Museum d’histoire industrielle, Société industrielle, Sainte Marie aux Mines

2003 : La philosophie dans le boudoir, 3A, Roma

2003: Sei lezioni di panneggio, Galleria Del Borgo, Roma*

2004 : Six leçons de drapé, Moments d’art, Parigi

2004 : Filmini, Borgotsunami, Roma

2004:  Antiquarium, Galleria Del Borgo, Roma

2005 : Inventarium, Fnac Montparnasse, Parigi*

2006 : Futuro postumo, Fortezza di Montepulciano

2006: L’Illustrazione Italiana, galerie EOF, Paris

2006: Quattro pose statuarie, Lo Studio, Roma*

2007 : Travaux 2001-2007, festival Cest dans la vallée, Sainte Marie aux Mines

2008 : Ex voto, galerie Atypic, Toulouse

2009 : Time drip, galleria s.t., Rome

2010 : Identification, galerie Sit Down, Paris

2010 : Identification, galerie Le troisième oeil, Bordeaux

2011 : L’art de la copie, Salle d’exposition du lycée Daudet, Nîmes

2011 : SP O tempora, galerie Sit down, Paris

2012 :  Rupestri, Alessandro Carbone Arte, Rome

2012 : Rupestres, galerie Le troisième oeil, Bordeaux

2012 ; Le temps des lucioles, Hôtel de Sauroy, Paris

Collections et commandes publiques

Galeries Photo FNAC, Paris

Alvar Aalto Museo, Jyväskylä, Finlande

Fonds National d’Art Contemporain, Paris

Service ophtalmologique-pédiatrique, Hôtel-Dieu, Paris

Commune de Fjaler, Norvegia

Presse

Revue TK-21

LA GALERIE SIT DOWN

La galerie SIT DOWN

En 2005, Françoise Bornstein inaugure la galerie SIT DOWN dans le 3ème arrondissement à Paris.

En plein cœur du Marais, à deux pas du musée Picasso, SIT DOWN présente des artistes internationaux tant émergents que confirmés de la scène artistique contemporaine.

La programmation se veut avant tout pluridisciplinaire (photographie, dessin, peinture, art textile, sculpture). Parallèlement à l’organisation d’expositions personnelles, Françoise Bornstein invite également des conservateurs et des commissaires à participer à des projets d’expositions.

La réédition du canapé « Daddy » signe la singularité de cette galerie où il fait bon s’asseoir.